Tous publics Merveilleux

Les promesses de l'aube

Meryma Haelströme

L’étalon martelait le sol de ses sabots dans un galop effréné, sa cavalière penchée sur l’encolure. Point de selle, ni de mors, la monture filait, libre, crinière au vent.
La nuit enveloppait le monde de son manteau sombre. La lune, blonde et ronde, poursuivait sa course, imperturbable courbe d’ouest en est, d’une montagne à une autre.
Elles rampaient, filaient les ombres, manquant d’avaler les pieds nus de l’étalon qui s’élança un peu plus en avant, la femme cramponnée aux crins emmêlés à ses doigts. La sueur lui coulant dans le dos, sur le front, elle haletait, la détermination dans le regard porté vers l’avant. Le repos leur était interdit, il leur faudrait courir inlassablement, pour l’éternité, ne jamais s’arrêter, pour fuir les ombres.
Soudain une lueur, une promesse, au loin. La femme sourit, une larme roulant sur sa joue. L’étalon ralentit sa course, les ombres se retirèrent petit à petit. Par-delà les montagnes de l’est, un rayon timide les salua. L’étalon s’arrêta et se mit à brouter, la femme glissant de son dos pour envelopper l’encolure écumante de sa monture. Le nez dans les crins épais, les mains dans le poil chaud, elle pleurait toutes les larmes de son corps.
L’étalon releva la tête et se coucha au sol, la femme l’accompagnant. Sa respiration se fit plus calme. Il ramena ses sabots sous lui et posa sa lourde tête sur les genoux de sa compagne éplorée. Un nouveau rayon de soleil chassa les ombres, un autre chassa la nuit. Et alors que l’aube tenait ses promesses, l’étalon rendit son dernier souffle.
Le corps se fit plus lourd sur les genoux de la femme, puis s’évapora lentement, balayé par une brise invisible. À cette même place, la fine brume, ondulante, recomposa bientôt le corps d’un homme, bien vivant et souriant. Se redressant, il attrapa les mains de son aimée, prit son visage entre ses doigts et embrassa ses lèvres. Il baisa ses joues trempées, ses paupières humides, caressa ses cheveux emmêlés et ramena son corps douloureux contre le sien. Enlacés, les amants s’aimèrent durant les quelques minutes que l’aube leur promettait chaque jour de leur malédiction, avant que le jour les arrache de nouveau l’un à l’autre.
Dans ses bras puissants, sa compagne se tordit soudain de douleur, la tête rejetée en arrière, la bouche ouverte sur un cri qui ne sortait jamais. L’homme la tenait fermement contre lui, secoué à son tour de sanglots amers, chuchotant des mots rassurants, déclamant son amour infaillible. Alors que l’astre solaire se montrait tout à fait au-dessus des montagnes, le corps de la femme se relâcha entièrement et s’effondra, inerte, contre son amant. Un brouillard épais les enveloppa et emporta le corps de la femme. Soupirant, l’homme se remit sur ses jambes encore faibles, le regard perdu dans cette brume qui l’enlaçait. Des pas approchaient, quatre temps réguliers. Un ébrouement, un souffle chaud contre sa main et l’homme sourit en coin. La jument posa ses naseaux contre le torse de l’homme. Ce dernier attrapa une poignée de crins et sauta sur le dos de l’animal. Au loin, des voix s’élevèrent dans le brouillard. Bientôt des torches et des fourches émergèrent, menaçants. Le couple se remit en route, suivant la course du soleil, imperturbable courbe d’est en ouest, d’une montagne à une autre.


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Meryma Haelströme

J'écris depuis toujours je crois bien, du moins, depuis le jour où j'ai su lire et tenir un crayon. Le genre fantasy a ma préférence mais je me laisse aisément séduire par le fantastique ou la science-fiction. Bienvenue dans mon univers !

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