Cher Sexisme,
BOEGLER Sarah
Lettre au sexisme,
Une cité est un nom féminin.
La question centrale est : « Qu’est-ce qui a changé entre 1907 et aujourd’hui ? ». D’après mes recherches, les femmes disposent de leur salaire, ont droit à un congé maternité sans rupture de contrat, ont droit d’avoir la même scolarité que les garçons, ont obtenu la capacité civile, le droit de vote... et j’en passe. Aujourd’hui, les femmes ont des droits, mais sont-ils appliqués partout ? N’existe-t-il pas des zones de non droit implicites et déguisées en vastes zones de liberté ?
Un droit et un nom masculin.
Doit-on croire que ce sont les hommes qui ont donné des droits aux femmes ? Que ce sont eux qui ont accepté ou non de nous donner/ accorder certaines choses ? Ou bien ce sont les femmes qui se sont placées au même rang de décision et ont décidé d’avoir le droit de décider ?
Un terrain est un nom masculin.
Est-ce que le terrain de foot appartient seulement aux hommes ? Est-ce qu’une femme peut apprendre à jouer au football et participer à des matchs ? Peut-elle se battre au même titre que les hommes sans qu’on pense qu’elle est trop fragile ?
Voilà les questions que je te pose, sexisme, en tant que femme en 2020 et non pas en tant que femme en 1907. Est-ce que le combat est terminé ? Je sais que tu essayes de me faire croire le contraire avec tes jolies paroles, mais non, il n’est pas terminé donc range ta flute. De plus, je suis navrée de te rappeler que le combat est un nom masculin, mais pas uniquement une affaire d’homme.
Un territoire est un nom masculin.
Mon histoire a commencé une journée d’été, c’était un soir de juillet à la cité. Je déambulais souvent dans les rues du quartier. Au début, je ne m’y attardais pas car je voyais très peu de femmes dehors. Inconsciemment, je ne me sentais pas à ma place. Je me demandais régulièrement « Où sont les femmes ? ». Est-ce que la cité est un territoire conquis par des mâles ? Lorsque je traversais la cité, je me sentais comme une brebis égarée, pas à sa place et dans un environnement plus que menaçant.
Quelques années plus tard, j’ai rencontré un troupeau de mâles. Ce jour-là, j’ai choisi de m’imposer dans un environnement profondément masculin. Je ne vous cache pas que j’ai beaucoup apprécié ces personnes. Au fur et à mesure du temps, je les considérais comme mes amis et nous étions un peu devenus comme une famille. J’aimais leurs valeurs et leurs principes. Ils avaient bouleversé mes préjugés et le fait de les côtoyer m’amenait à me sentir à l’aise dans notre cité.
Je pensais pouvoir tout partager avec eux, et j’avais l’impression de faire partie de la meute. Jusqu’au jour où j’ai montré ma part de masculinité car oui, au football, j’aime jouer. Le football est un nom masculin que j’ai l’impression d’emprunter pour une durée indéterminée lorsque je l’utilise et que je dois rendre après. Comme quand vous empruntez un stylo et qu’on vous dit « fais gaffe, il s’appelle revient ».
Crois-moi, sexisme, je me suis battue comme une lionne. Je ne les ai pas roués de coups car j’estime que mon mental est ma meilleure arme. Je suis allée sur le city jouer toute seule pour être à la hauteur, mais un jour vous êtes bien obligé de jouer avec quelqu’un. Un match face à soi-même ce n’est pas très drôle, même si je gagnais à chaque fois.
Sexisme, pourquoi tu dissuades les filles de jouer au football ? Pourquoi une femme ne peut pas utiliser le même espace qu’un homme ? Je sais ce que tu vas me répondre, « Si elle veut le faire, elle a cas le faire ». ARRETE UN PEU D’ETRE HYPOCRITE. Tant que tu continueras d’éduquer les filles à ne pas jouer, à ne pas se faire mal et que tu continueras de faire croire aux filles qu’une footballeuse ce n’est pas crédible, ELLES HESITERONT PARCE QU’ELLES CROIRONT QU’ELLES NE SONT PAS LEGITIMES, QU’ELLES SONT MOINS FORTE QUE LES HOMMES. Pour guérir de ta connerie, sexisme, arrête de te voiler la face et dis la vérité.
Qu’est-ce que la masculinité et la féminité ? Aux yeux de la société, je n’y vois que deux opposés. Un homme est fort, battant, puissant. Une femme est douce, fragile, sensible. J’en suis venue à me demander si une femme forte, battante et puissante est finalement un homme ? Et un homme doux, fragile, sensible est-il finalement une femme ? Au-delà de l’aspect biologique et sociétal ne sommes-nous pas finalement des femmeshommes ? Ou des fémimasc ?
Pour finir, j’ai choisi de t’écrire en rime, en espérant que tu cesses tes crises et parce que je me donne à fond pour te convaincre.
Je naquis femme aux yeux des administrations,
la réalité fut tout autre sur les bancs de ma raison.
J’aimais le football, lire et rêver,
je rêvais d’être puissante et d’étudier.
D’être un peu considérée au-delà d’une fente,
que dès que je parle un peu fort on qualifie d’insolente.
Déjà petite j’aurais voulu être patronne,
aujourd’hui ce n’est pas le cas, mais appelle-moi LIONNE.
Encerclée par des mâles assoiffés de sang et menaçants,
ils trouvent ma force et mon courage quelque peu agaçants.
Entre rivalité et perte de pouvoir,
misogynie et sexisme,
s’il te plait un mouchoir !
Je disais femme aux yeux des administrations,
car aux yeux de la société j’aime des trucs de garçon !
C’est con, on aurait pu s’entendre et se surprendre,
si tu m’avais regardé au-delà de ce que t’appelles féminité.
Une femme en basket c’est pas un mec,
c’est juste une personne sans étiquette.
Et si on retirait un peu nos étiquettes,
et si à toi, sexisme, on retirait la vedette ?
Puisque tu n’as pas l’air de comprendre la subtilité, voici ce que je te demande concrètement : Je voudrais pouvoir jouer au football au city de mon quartier sans être dévisagée et décrédibilisée, marcher la nuit sans me retourner toutes les 3 minutes pour voir si je suis suivi, mettre des baskets sans qu’on me dise que je ne suis pas assez féminine, qu’on me laisse prendre des décisions et qu’on considère les miennes autant que celles des hommes. S’il te plait, je voudrais que tu arrêtes de faire genre que tu me connais parce que je suis une femme et que les femmes sont toutes les mêmes : Chiantes, râleuses, trop sensibles et insupportables en période de menstruation. D’ailleurs, en parlant de ça, je voudrais bien pouvoir dire à mon frère que j’ai mes règles sans qu’il me dévisage comme si j’avais introduit mes excréments dans ses oreilles. De plus, arrête de me faire payer plus cher que les hommes sous prétexte que c’est rose, en plus je déteste le rose. Je voudrais bien arrêter de dépenser 10 euros par mois en protection hygiénique pour acheter quelque chose dont je ne peux pas me passer. S’il te plait, sexisme, laisse-moi la liberté que je mérite. Laisse-moi grandir, découvrir et arrête me faire mourir.
Dans l’attente d’une réponse positive et rapide de ta part (de préférence, pas en 2060), je te remercie d’avance d’avoir pris le temps de lire ma réflexion.
Bien à toi,
UNE LIONNE (Nom féminin : Se définit comme une personne battante, puissante, tenace et coriace)